Vous jouez régulièrement. Vous connaissez quelques accords, plusieurs riffs et peut-être même des morceaux entiers. Pourtant, depuis quelque temps, vous avez l’impression de ne plus avancer.
Vous reprenez toujours les mêmes passages. Les mêmes erreurs reviennent. Les morceaux que vous commencez restent inachevés et vos séances finissent parfois par ressembler aux précédentes.
Cette sensation est fréquente chez les guitaristes qui ont déjà dépassé les toutes premières étapes. Elle ne signifie pas que vous manquez de talent ou que vous avez atteint votre limite.
Le plus souvent, vous ne manquez pas de travail : vous manquez surtout d’une direction suffisamment claire pour que ce travail produise un résultat visible.
Voici cinq causes fréquentes de stagnation à la guitare et, surtout, des solutions concrètes pour recommencer à progresser.
Comment savoir si vous stagnez réellement à la guitare ?
Une séance difficile ne signifie pas que vous ne progressez plus.
La progression à la guitare n’est pas linéaire. Certaines améliorations sont immédiatement perceptibles, tandis que d’autres demandent plusieurs séances avant de devenir visibles.
Vous pouvez avoir l’impression de ne pas avancer alors que :
- vos changements d’accords deviennent plus propres ;
- votre rythme est plus stable ;
- vous faites moins de mouvements inutiles ;
- vous mémorisez plus rapidement les nouveaux passages ;
- vous repérez mieux vos erreurs ;
- vous jouez plus détendu qu’avant.
La stagnation devient plus probable lorsque vous rencontrez les mêmes difficultés pendant plusieurs semaines sans modifier votre manière de les travailler.
Dans ce cas, jouer davantage n’est pas forcément la solution. Il faut d’abord comprendre pourquoi votre pratique actuelle ne vous permet plus d’avancer.
Cause nº 1 : vous jouez sans objectif suffisamment précis
« Je veux progresser à la guitare » est une intention, pas encore un objectif de travail.
Progresser peut signifier beaucoup de choses :
- enchaîner deux accords sans interruption ;
- stabiliser une rythmique ;
- jouer un riff au bon tempo ;
- réussir un accord barré ;
- mémoriser une structure ;
- améliorer la précision du médiator ;
- terminer un morceau ;
- improviser sur une grille simple.
Lorsque votre objectif reste trop général, vous pouvez passer beaucoup de temps avec votre guitare sans savoir si votre séance vous rapproche réellement du résultat recherché.
Vous jouez un morceau, essayez un exercice, regardez une vidéo, revenez sur un ancien riff… puis vous rangez votre guitare avec l’impression d’avoir travaillé, mais sans pouvoir nommer ce qui s’est amélioré.
Comment dépasser ce blocage
Choisissez un objectif observable pour chaque séance.
Par exemple :
Aujourd’hui, je travaille uniquement le passage entre Sol et Ré afin de l’enchaîner huit fois sans arrêter le rythme.
Ou :
Je joue les quatre premières mesures de ce riff lentement, avec des notes propres et une pulsation régulière.
Votre objectif doit être assez petit pour être travaillé immédiatement et assez précis pour que vous puissiez constater une amélioration.
Une séance ciblée ne vous empêche pas de jouer ensuite pour le plaisir. Elle vous permet simplement de savoir pourquoi vous avez pris votre guitare.
Cause nº 2 : vous rejouez ce que vous savez déjà faire
Il est naturel de revenir vers les morceaux et les exercices que l’on maîtrise.
Ils sont agréables à jouer, valorisants et demandent moins de concentration. Ils donnent aussi l’impression d’entretenir son niveau.
Le problème apparaît lorsque l’essentiel de votre temps de pratique est consacré à ce qui fonctionne déjà.
Vous jouez le début d’un morceau parce qu’il passe bien, puis vous vous arrêtez au passage difficile. Vous recommencez depuis le début, retrouvez les mêmes sensations agréables et bloquez exactement au même endroit.
Vous avez beaucoup joué, mais très peu travaillé la difficulté réelle.
Comment dépasser ce blocage
Isolez le plus petit passage qui pose problème.
Il peut s’agir :
- d’un seul changement d’accord ;
- de deux notes mal coordonnées ;
- d’un déplacement de main ;
- d’un mouvement de médiator ;
- d’une mesure rythmique ;
- d’une entrée après un silence.
Ne recommencez pas systématiquement le morceau depuis le début. Travaillez uniquement la zone difficile, puis replacez-la progressivement dans son contexte.
Une méthode simple consiste à suivre quatre étapes :
- identifier précisément l’erreur ;
- isoler quelques notes ou une seule mesure ;
- répéter lentement avec un geste contrôlé ;
- rejouer le passage avec la mesure précédente et la suivante.
Vous transformez ainsi une difficulté vague « ce morceau est trop difficile » en un problème précis que vous pouvez réellement résoudre.
Cause nº 3 : vous travaillez trop vite
La vitesse donne facilement l’impression de se rapprocher du morceau original. Elle peut aussi masquer de nombreux défauts.
Lorsque vous jouez trop vite, vous n’avez pas toujours le temps d’observer :
- un doigt qui arrive en retard ;
- une corde étouffée ;
- un médiator mal orienté ;
- une tension excessive ;
- un rythme irrégulier ;
- un mouvement inutile.
Vous répétez alors le passage avec les mêmes erreurs. À force, celles-ci peuvent devenir une partie de votre automatisme.
Ralentir n’est pas une régression. C’est une manière de rendre vos gestes suffisamment lisibles pour pouvoir les corriger. "Reculez pour mieux sauter !"
Comment dépasser ce blocage
Commencez à une vitesse à laquelle vous contrôlez réellement ce que vous jouez. (Je vous vois venir à gonfler les chiffres. "Je contrôle réellement ce passage à 80% de sa vitesse", c'est peut être vrai mais dans la majorité des cas c'est faux. Pour trouver votre vitesse, déjà diviser le tempo par 2, en soit, jouer le morceau à 50% de sa vitesse et constatez ensuite. Si c'est trop compliqué, passez à 40%, 30% etc...
Utilisez ensuite un métronome pour disposer d’un repère objectif. Ne cherchez pas immédiatement à atteindre le tempo original. Cherchez d’abord à obtenir :
- des notes propres ;
- un geste détendu ;
- une pulsation régulière ;
- des répétitions homogènes.
Augmentez le tempo seulement lorsque plusieurs répétitions consécutives restent propres.
Si votre jeu se dégrade dès que vous accélérez, revenez légèrement en arrière. Vous avez simplement dépassé votre vitesse de contrôle actuelle.
Le métronome ne sert donc pas uniquement à jouer vite ou à « tenir le tempo ». Il vous permet de savoir précisément à quelle vitesse vous maîtrisez un passage aujourd’hui et de mesurer votre progression au fil des séances.
Cause nº 4 : vous accumulez les tutoriels sans construire de progression
Internet donne accès à une quantité immense de cours, de tablatures, d’exercices et de démonstrations.
Cette richesse peut vous aider, mais elle peut aussi disperser votre apprentissage.
Vous regardez une vidéo sur les accords barrés, puis un tutoriel de morceau, un exercice de vélocité, une gamme, une astuce d’improvisation et une nouvelle rythmique.
Chaque contenu peut être intéressant séparément. Mais leur accumulation ne forme pas automatiquement une méthode.
Vous commencez beaucoup de choses sans laisser suffisamment de temps à une compétence pour s’installer.
Le problème n’est donc pas nécessairement la qualité des tutoriels. C’est l’absence de lien entre eux.
Comment dépasser ce blocage
Limitez volontairement le nombre de sujets travaillés en même temps.
Pendant quelques semaines, choisissez :
- une compétence principale ;
- un morceau permettant de l’utiliser ;
- un exercice adapté à votre difficulté ;
- un indicateur simple pour suivre votre évolution.
Si votre objectif est d’améliorer vos accords barrés, votre programme ne doit pas changer tous les deux jours. Vous pouvez travailler leur placement, les transitions qui posent problème et un morceau contenant ces accords.
Le reste peut attendre.
Vous n’avez pas besoin de connaître davantage d’exercices. Vous avez besoin de pratiquer suffisamment longtemps les bons exercices, dans un ordre cohérent.
Cause nº 5 : vous ne mesurez jamais ce qui change
Lorsque vous jouez chaque jour ou chaque semaine, les progrès peuvent être difficiles à percevoir.
Vous entendez surtout ce qui ne fonctionne pas encore. Vous oubliez la difficulté que représentait le même passage quelques séances auparavant.
Sans point de comparaison, votre impression devient votre seul indicateur. Or cette impression dépend de votre fatigue, de votre humeur et de vos attentes du jour.
Vous pouvez progresser tout en ayant la sensation inverse.
Comment dépasser ce blocage
Conservez quelques repères simples :
- le tempo auquel vous jouez proprement un passage ;
- le nombre de changements d’accords réussis ;
- la partie du morceau que vous pouvez jouer sans interruption ;
- la difficulté rencontrée pendant la séance ;
- un court enregistrement réalisé chaque semaine.
Vous n’avez pas besoin de transformer votre pratique en tableau de performances.
Une note rapide suffit :
Passage travaillé à 70 BPM. Propre jusqu’à la quatrième mesure. Difficulté sur le changement vers Si mineur.
Lors de la séance suivante, vous savez exactement où reprendre.
Les enregistrements sont particulièrement utiles. Ils révèlent certains problèmes que vous n’entendez pas toujours pendant que vous jouez, notamment les variations de tempo, les silences entre les accords ou les attaques irrégulières.
Ils permettent aussi de comparer votre jeu actuel à celui d’il y a quelques semaines, plutôt qu’à une version idéale que vous n’avez pas encore atteinte.
Une méthode simple pour sortir d’un palier
Vous n’avez pas besoin de reconstruire entièrement votre pratique.
Commencez par choisir une seule difficulté qui vous empêche actuellement de jouer quelque chose que vous aimez.
Pendant les prochaines séances :
- définissez le résultat recherché ;
- isolez le passage concerné ;
- trouvez une vitesse confortable ;
- répétez avec attention plutôt que mécaniquement ;
- notez votre tempo ou enregistrez-vous ;
- replacez progressivement le passage dans le morceau.
Cette méthode peut s’appliquer à un accord, un riff, une rythmique, un arpège ou un passage de solo.
L’objectif est de remplacer une impression générale de stagnation par un problème concret, puis de résoudre ce problème étape par étape.
Exemple de séance de 20 minutes
Une séance courte peut être productive si chaque partie possède une fonction précise.
2 minutes : retrouver des sensations
Jouez lentement quelques accords, notes ou mouvements simples. Cherchez la détente et la précision, sans essayer de vous tester.
6 minutes : travailler le blocage principal
Isolez le changement d’accords, la mesure ou le geste qui pose problème. Travaillez-le à une vitesse contrôlée.
5 minutes : stabiliser le rythme
Utilisez un métronome ou une pulsation simple. Concentrez-vous sur la régularité plutôt que sur la vitesse.
5 minutes : replacer le travail dans un morceau
Rejouez le passage avec ce qui vient avant et après. Vérifiez que l’amélioration tient lorsque vous revenez dans la musique.
2 minutes : terminer par quelque chose que vous aimez
Jouez un riff, un morceau ou une progression qui vous fait plaisir.
La méthode doit servir votre envie de jouer, pas la remplacer.
Faut-il changer complètement de méthode quand on stagne ?
Pas nécessairement.
Changer de méthode peut être utile si votre apprentissage actuel ne correspond plus à votre niveau ou à vos objectifs. Mais changer constamment peut aussi entretenir la stagnation.
Avant d’abandonner votre programme, demandez-vous :
- est-ce que je sais précisément ce que je cherche à améliorer ?
- est-ce que je travaille réellement cette difficulté ?
- est-ce que je conserve la même direction assez longtemps ?
- est-ce que mon exercice correspond au problème rencontré ?
- est-ce que je dispose d’un retour extérieur sur mon jeu ?
Parfois, le contenu est adapté, mais son utilisation ne l’est pas. À l’inverse, certains blocages demandent un regard extérieur pour repérer un problème de posture, de rythme ou de mouvement que vous ne pouvez pas facilement identifier seul.
Vous ne manquez probablement pas de talent
La stagnation n’est pas une preuve d’incapacité.
Elle indique généralement que votre manière de travailler doit évoluer avec votre niveau.
Au début, presque tout produit une amélioration : apprendre un nouvel accord, découvrir une rythmique ou mémoriser un riff suffit à constater des progrès rapides.
Ensuite, les difficultés deviennent plus précises. Votre pratique doit donc devenir plus précise elle aussi.
Vous n’avez pas nécessairement besoin de jouer plus longtemps. Vous devez surtout savoir :
- ce que vous travaillez ;
- pourquoi vous le travaillez ;
- comment vérifier que cela s’améliore ;
- quand ajuster votre méthode.
C’est cette structure qui permet de retrouver une progression claire sans transformer la guitare en contrainte.
De la méthode, sans perdre le plaisir.
Faire le point sur votre progression
Si vous jouez depuis quelque temps mais que vous ne savez plus quoi travailler, commencez par faire un bilan honnête de votre jeu.
Identifiez :
- ce que vous maîtrisez réellement ;
- ce qui manque de régularité ;
- les difficultés qui reviennent dans plusieurs morceaux ;
- ce que vous aimeriez réussir à jouer ;
- le temps que vous pouvez consacrer à votre pratique.
Vous pourrez ensuite construire un programme adapté à votre niveau réel, sans repartir inutilement de zéro.
Faire le bilan de votre niveau
Questions fréquentes
Pourquoi ai-je l’impression de régresser à la guitare ?
Votre niveau peut varier selon votre régularité, votre fatigue et la difficulté de ce que vous travaillez. Vous pouvez également devenir plus exigeant et mieux entendre vos erreurs. Cette prise de conscience peut donner une impression de régression alors qu’elle constitue souvent une étape importante de votre progression.
Combien de temps faut-il jouer chaque jour pour progresser ?
Il n’existe pas de durée universelle. Une séance courte, régulière et ciblée peut être plus productive qu’une longue séance sans objectif précis. Choisissez une durée que vous pouvez maintenir et concentrez-vous sur la qualité du travail réalisé.
Est-ce utile de jouer avec un métronome ?
Oui, notamment pour stabiliser votre rythme, travailler progressivement un passage et mesurer votre vitesse de contrôle. Commencez à un tempo confortable et augmentez uniquement lorsque votre exécution reste propre et détendue.
Dois-je apprendre plusieurs morceaux en même temps ?
Vous pouvez travailler plusieurs morceaux s’ils ont chacun une fonction claire. En revanche, commencer constamment de nouveaux morceaux sans terminer les précédents risque de disperser votre attention. Conservez au moins un morceau principal jusqu’à avoir résolu la difficulté ciblée.
Un professeur peut-il m’aider à sortir d’un palier ?
Un professeur peut identifier des problèmes que vous ne percevez pas seul, hiérarchiser les priorités et proposer des exercices adaptés à votre niveau. Son rôle n’est pas seulement de vous transmettre de nouvelles connaissances, mais aussi de vous aider à utiliser plus efficacement ce que vous savez déjà.

